Noveling Life

Univers d'un Apprenti Conteur – Alsem WISEMAN

Archives de la catégorie ‘Coups d’Coeur’

Janua Vera – Jean-Philippe JAWORSKI

Vendredi 1 avril 2011

Recueil de nouvelles

Janua Vera

ISBN : 978-2070355709

Auteur : Jean-Philippe JAWORSKI

Éditeur : Editions Gallimard (26 février 2009) – Collection Folio SF

Quatrième de couverture :

Né du rêve d’un conquérant, le vieux royaume n’est plus que le souvenir de sa grandeur passée… Une poussière de fiefs, de bourgs et de cités a fleuri parmi ses ruines, une société féodale et chamarrée où des héros nobles ou humbles, brutaux ou érudits, se dressent contre leur destin. Ainsi Benvenuto l’assassin trempe dans un complot dont il risque d’être la première victime, Ædan le chevalier défend l’honneur des dames, Cecht le guerrier affronte ses fantômes au milieu des tueries… Ils plongent dans les intrigues, les cultes et les guerres du Vieux Royaume. Et dans ses mystères, dont les clefs se nichent au plus profond du cœur humain…

Jean-Philippe Jaworski met une langue finement ciselée au service d’un univers de fantasy médiévale d’une richesse rare. Entre rêves vaporeux et froide réalité, un moment de lecture unique. Janua vera a été récompensé par le prix du Cafard Cosmique 2008.

 

Citations :

« Je n’ai jamais rêvé, » dit le Roi-Dieu.

D’un geste ample, il désigne le faste monumental qui l’entoure.

« Tout ce que j’ai souhaité, je l’ai réalisé. Je n’ai jamais rêvé. »

Janua Vera, p.28

 

«Vous souffrez d’une malchance exceptionnelle, surnaturelle, exemplaire, qui semble concentrer sur votre personne toutes les disgrâces les plus redoutées […] C’est une véritable bénédiction, les quatre Dieux en soient louées ! »

Janua Vera, p. 379

Mon avis :

Tout d’abord publié en grand format aux éditions les moutons électriques avant de paraître chez Gallimard dans la collection poche Folio SF, Janua Vera est un recueil de nouvelles particulièrement réussi.

Jean-Philippe JAWORSKI nous y invite à la rencontre de multiples personnages, bien différents les uns des autres par leur caractère comme par leur destin et/ou aventure.

Ces récits sont tout à fait indépendants et peuvent a priori se lire dans n’importe quel ordre sans que cela ne nuise au plaisir de la lecture.

Néanmoins, je ne peux que constater que c’est un recueil de nouvelles qui profite d’une rare cohésion. L’idée que ces histoires forment un ensemble est une question qui ne se pose pas. Et d’ailleurs, j’ai même eu l’impression que j’étais en face d’un roman, dont le personnage principal est ce Vieux Royaume, principe récurrent dans chaque nouvelle puisque c’est le lieu où se déroule l’intrigue, terreau fertile où chacun de ces récits trouve racine.

Et quelle description, l’auteur en fait ! On a l’impression d’y être tant les mots de l’auteur l’évoquent avec clarté, verve, truculence. Une sorte de poésie désuète exsude des pages, une rythmique de conteur nous emporte, et il en ressort au final un très agréable moment de lecture. Une expérience à la fois divertissante qu’enrichissante.

C’est de la Fantasy française comme personnellement je la préfère, qui s’en va puiser aux sources même des légendes et des mythes et non pas une ixième copie d’une aventure d’outre-Atlantique comme on en a vu malheureusement trop souvent ces derniers temps.

En définitive, que ce soit donc sur la forme comme sur le fond, j’ai été littéralement conquis par cet ouvrage et le style fleuri, méticuleusement agencé, de son auteur.

Note : 9/10

Au Sortir de l’Ombre – Syven

Dimanche 27 mars 2011
Au Sortir de l’Ombre

Au Sortir de l’Ombre

ISBN : 978-2918719113

Auteur : Syven

Éditeur : Editions du Riez (11 janvier 2011)

Quatrième de couverture :

Londres, 1889. La guilde d’Ae protège les aethrynes depuis des siècles pour qu’elles se consacrent à leur tâche : garder piégés dans leur ombre de sinistres monstres avides de massacre, les gothans. Lorsque la secte des némésis s’attaque à ces prêtresses, l’organisation est ébranlée par la traîtrise de plusieurs agents d’importance. Les traqueurs William, Christopher et Heinrich, qui sont chargés de la protection de lady Eileen pour une nuit, n’imaginent pas les enjeux de la chasse dont ils feront bientôt l’objet. Mais dans l’ombre d’Eileen, attentif, « Il » sait ce qui est sur le point de se jouer.

Citations :

« Les journaux avaient beau dénoncer le laxisme impardonnable qui conduisait cette catégorie de la population à sa perte, il peinait à croire que les pauvres gamins hagards qui mendiaient du pain en étaient arrivés là de leur propre chef. »

Au Sortir de l’Ombre, p. 247

Mon avis :

Ayant suivi la création de ce livre, en mode lurker[1], sur l’excellent blog de Syven, où elle divulguait l’évolution du projet avec parcimonie et une bonne humeur communicative. Je peux dire que je suis certain d’une chose, c’est qu’elle y a travaillé sérieusement à son ouvrage. Et devinez quoi, cela se ressent à la lecture de ce roman.

L’intrigue est originale, et le brio de l’auteur réside dans le fait qu’elle a entre autre exploité la mythologie judéo-chrétienne pour créer un univers à part, dangereusement crédible.

Si je dois analyser l’ouvrage de manière détaillée, je commencerai donc par la forme pour terminer sur le fond.

En ce qui concerne la forme donc, je dois dire que j’ai été tout à fait bluffé ! Tout de suite, j’ai été entrainé dans le récit tant l’auteur use d’un style clair, précis, agréable et très visuel. Si les descriptions sont généralement lapidaires, elles n’en sont pas moins percutantes sinon pertinentes, de même que les dialogues. Ceci rend donc l’histoire non seulement facile à suivre, mais d’une dynamique presque cinématographique.

Le suspense est distillé avec maestria de sorte que le lecteur sans être frustré ne peut néanmoins se départir de l’envie de connaître la suite. L’intrigue est également bien ficelée, en ce qui me concerne, au trois quart du roman, je n’aurais pu deviner le dénouement. Premier constat donc, pour un premier roman, je trouve que Syven fait un sans-faute en évitant les écueils récurrents (descriptions trop alambiquées et inopportunes, rythme peu soutenu ou inégal, intrigue mal maîtrisée => Pourtant avec le nombre de rebondissements et de contingences, il y avait de quoi se casser les dents).

Sur le fond, comme je l’ai dit plus haut, l’auteur a su tordre selon ses désirs des mythes qui sont plus ou moins universels et de part ce fait a su profiter des sous-entendus et d’allusions pour créer un univers très riche et très réel.

Londres du XIXème siècle est également très bien rendu, avec cette ambiance haletante évoquant un Sherlock Holmes. Les différents protagonistes, à l’exception peut-être de lady Eileen (quoique après coup je conçois une telle personnalité par rapport à la tâche qui lui incombe, lol, mais shuuut on va pas vous spoiler la surprise), sont également crédibles sinon quelque peu archétypaux. Mais je pense que sur ce point, il n’y avait vraiment pas moyen de faire mieux avec une intrigue si fouillée et  le même nombre de pages. Je suppose que c’était un choix que l’auteur a dû faire, et c’est dans l’ensemble un pari réussi.

Pour résumer donc, je trouve que le roman est une véritable prouesse. Le seul bémol que je puisse émettre, et c’est vraiment une question de goût personnel. J’ai trouvé l’univers assez fataliste, et j’ai regretté le fait que les personnages humains, malgré leur fougue et leur énergie n’aient pas plus eu à offrir sinon à décider (l’éternelle question du destin et du libre arbitre) et cela m’a laissé quelque peu sur ma faim.

Mais encore une fois, vœu pieux, je ne serais pas mécontent de voir l’auteur refaire une incursion dans cet univers des gothans.

Note : 8/10

 


[1] Observateur passif

PS: Chapeau bas à Aurélien POLICE pour cette couverture simplement magnifique

The Wise Man’s Fear – Patrick Rothfuss

Samedi 26 mars 2011

The Wise Man's Fear

Nombre de pages: 1008 pages

Editeur: Gollancz (1 Mar 2011)

ISBN-10: 0575081414

ISBN-13: 978-0575081413

“So yes. It had flaws, but what does that matter when it comes to matters of the heart? We love what we love. Reason does not enter into it. In many ways, unwise love is the truest love. Anyone can love a thing because. That’s as easy as putting a penny in your pocket. But to love something despite. To know the flaws and love them too. That is rare and pure and perfect.”

Wise Man’s Fear P.66[1]

“Not pointless.” I protested. “It’s the questions we can’t answer that teach us the most. They teach us how to think. If you give a man an answer, all he gains is a little fact. But give him a question and he’ll look for his own answers.”

Wise Man’s Fear P.628[2]

Suite du très prometteur et captivant The Name Of The WindThe Wise Man’s Fear continue sur cette lancée en nous faisant découvrir Kovthe, l’homme derrière la légende. Le style de l’auteur est toujours aussi fluide que complexe.

L’intrigue est détaillée, la narration imagée, le tout jouissant de ce côté épique déjà présent dans le premier opus.

Pour raconter son histoire, Patrick ROTHFUSS a choisi de le faire par la bouche de son protagoniste, qui est un acteur, un musicien, un conteur et un magicien. Ce narrateur se reconnait comme quelqu’un de passionné, grandiloquent et qui n’hésite pas de mentir si cela peut donner une meilleure histoire que la réalité, même s’il insiste que les choses importantes seront toujours relatées avec exactitude. Nous sommes donc dans un cas de un narrateur peu ou non fiable (unreliable narrator), et cette entourloupe technique apporte un peu plus encore de suspens et de complexité au récit.

Le protagoniste donc, pour des raisons pratiques, va conter son histoire en trois jours, d’où la trilogie. Cette espèce de mise en abîme est très bien exploitée par l’auteur qui nous plonge littéralement dans son monde. Ceux qui ont aimé le premier jour, aimerons le second, d’autant plus qu’on découvre subtilement l’immensité de l’univers créé par l’auteur.

Le livre est dense et volumineux, et se savoure comme du bon vin. Si la Fantasy a été stigmatisée (et pas nécessairement à tort) d’être un genre où l’on met trop d’importance dans la construction d’un univers au détriment de l’intrigue et des personnages, on rencontre ici une structure tout à fait à l’opposé. Il est vrai que la plupart des personnes, après un voyage par exemple, vont rapporter leur impression par rapport à l’environnement bien entendu (beau, dangereux, désert, luxuriant, etc…), mais surtout par rapport aux personnes qu’ils auront rencontrés, il en est de même de Kovthe. Il décrit très bien sa relation par rapport à sa société au plutôt aux sociétés et différents personnages qu’il côtoie.

C’est d’ailleurs à ce niveau que j’émets mon seul bémol. Contrairement au premier livre, je trouve que l’auteur a été très chiche sur le background de l’histoire étant donnée la taille de l’ouvrage. Cela dit, j’attends donc vivement la suite pour connaître le fin mot de l’histoire.

Je recommande vivement cette œuvre, d’autant plus que les éditions Bragelonne, contrairement à ce qui semblait être devenu la règle lors de la traduction d’œuvre anglo-saxons en français, publie cette histoire en respectant la découpe originale.

Note : 8,5 / 10

 


[1] « Donc oui. Il avait des défauts, mais en quoi est-ce important lorsqu’il s’agit des affaires du cœur ? Nous aimons ce que nous aimons. La raison n’y est pour rien. À bien des égards, l’amour insensé est le plus vrai. N’importe qui peut aimer car. C’est aussi facile que de se remplir les poches. Mais aimer malgré. Connaître les défauts et les aimer de même, cela est rare, pur et parfait. »

 

[2] « Pas vain, protestai-je. Ce sont les questions auxquels nous ne savons répondre qui nous donnent le plus d’enseignement. Elles nous invitent à réfléchir. Si tu donnes une réponse à quelqu’un, tout ce qu’il reçoit est un simple fait. Donnes lui une question, et il cherchera ses propres réponses »

The Long Price Quartet – Daniel ABRAHAM

Dimanche 17 janvier 2010

“We say that flowers return every spring” Dana said, “but that is a lie. It is true that the world is renewed. It is also true that the renewal comes at a price, for even if the flower grows from an ancient vine, the flowers of spring are themselves new to the world, untried and untested.

“The flower that wilted last year is gone. Petals once fallen are fallen forever. Flowers do not return in the spring, rather they are replaced. It is in this difference between returned and replaced that the price of the renewal is paid.

“And as it is for spring flowers, so it is for us.”

THE PRICE OF SPRING, p.347, Daniel ABRAHAM

Faisant écho à un article précédent de ce blog, vous parlant de mes envies de lecture, je viens vous présenter cette tétralogie d’un auteur que décidément j’affectionne, Sieur Daniel ABRAHAM. Et cela tombe bien puisqu’il se trouve que la traduction de l’œuvre en question existe maintenant dans la langue de Molière, de quoi ravir ceux qui autrement se seraient sentis frustrés (pour cause que l’anglais n’est pas leur tasse de thé ou de café ^_^), sous le titre Les Cités de lumière aux éditions Fleuve Noir.

Tout d’abord, les titres des quatre livres :

  • A Shadow in Summer (March 7, 2006) – La Saison de l’Ombre (Fleuve Noir, ISBN 978-2-265-08440-7, 2009)

ISBN 978-0765313409

  • A Betrayal in Winter (August 21, 2007)

ISBN 978-0765313416

  • An Autumn War (July 22, 2008)

ISBN 978-0765313423

  • The Price of Spring (July, 2009)

ISBN 978-0765313430

Ensuite, l’analyse de l’œuvre. En réalité, j’aurais voulu faire une analyse livre par livre, qui je pense aurait pu être encore plus pertinente en rapport au contenu, mais j’ai craint que faisant cela, je ne vous gâche le plaisir. Il est toujours un peu difficile de parler d’un coup de cœur, afin de donner envie, car le but bien sûr est de partager, sans pour autant en dire trop et garder intact le mystère d’un livre.

Aussi, est-ce la raison pour laquelle, j’ai choisi de faire court et vous parler de l’œuvre dans son ensemble, cela se justifiant également par le fait que les quatre livres font vraiment un tout indivisible, et que même si chaque chapitre amène des points de vue différents ainsi que de nouveaux personnages, l’idéal reste bien entendu de les lire selon l’ordre de leur parution, car il y existe bien un fil conducteur qui n’est autre que le personnage principal, Otah Machi.

L’auteur réussit avec brio à créer un univers cohérent et crédible, et surtout où la magie (l’art complexe de la maîtrise de ces êtres fabuleux, les andats) n’est pas un faire valoir pour sortir les héros des situations les plus désespérées.

Cette tétralogie, je la vois un peu comme un concert qui monte en puissance pour finir avec un final grandiose et qui justifient les attentes. C’est une fresque épique, intimiste, qui à ce jour encore, quelques mois après lecture, me laisse une profonde nostalgie.

Je pense qu’une fois de plus c’est le lyrisme de l’ensemble qui m’a touché. L’auteur a vraiment un talent pour les mots, pour exprimer avec justesse la complexité des sentiments humains. Ses personnages sont crédibles, multi-facettes, profonds, et cela sur presque tous les plans (humain, physique, mental). Et le fait que même les acteurs secondaires profitent d’un tel développement rend l’ensemble de son univers très vivant.

Comme un tisseur habile et patient, Daniel ABRAHAM élabore sa toile avec maîtrise et l’on sent au fil des pages l’exercice de l’excellence vers toujours plus d’excellence. La qualité de l’œuvre, si elle souffre des imperfections du premier roman — voire l’intrigue convolutée et quelque peu artificiel, diraient certains, du premier volume de la tétralogie —, est vraiment de très bonne facture, puisque les trois romans suivant viennent combler et même sublimer cet écueil.

Si l’on peut classer certainement The Long Price Quartet dans la branche Fantasy de la littérature, on réalise néanmoins tout de suite que le genre est pris à contre pied ou du moins que ses règles le sont. Ici l’action et la frénésie dans l’écriture ne sont pas primordiales, mais plutôt la portée des décisions prises par les intervenants à l’échelle des nations et de l’histoire, même les décisions plus triviales, du moins en apparence, même celles faites par des personnages d’a priori moindre importance.

Il explore une société inspirée du Japon féodal, en choc de culture avec une société ressemblant à l’Europe des Temps Modernes, triomphante dans ses technologies et conquérante.

Le choc sera en effet à la mesure des ambitions humaines, c’est dire : simplement terrible !

Si j’ai pu vous en donner envie avec ces quelques mots, alors n’attendez plus, courez vous procurer ces livres, je parie qu’une fois la lecture faite, vous ne serez pas déçus.

Note : 8,5/10



« Nous disons que les fleurs reviennent au printemps, pourtant c’est un mensonge. Il est vrai que le monde est renouvelé. Il est également vrai que ce renouveau vient à un prix, car même si la fleur croît d’une vieille branche, les fleurs du printemps sont elles-mêmes nouvelles au monde, ni avisées ou éprouvées.

« La fleur fanée l’an dernier est partie. Les pétales une fois tombées le sont pour toujours. Les fleurs ne reviennent pas au printemps, plutôt sont remplacées. C’est dans cette différence entre revenues et remplacées que se paie le prix du renouveau.

« Et comme il en est des fleurs du printemps, il en est de même pour nous »

Introspectif

Lundi 22 juin 2009

« Aujourd’hui, au terme de ma réflexion d’homme, je sais profondément que le théologien que j’ai tâché d’être, et le naturaliste que je suis devenu par la force des choses, n’ont jamais réussi à faire la paix ensemble.

Il y a ce que je crois. Il y a ce que je pense. Il y a ce que je fais. Il y a ce que je subis. Je n’ai pourtant qu’une seule enveloppe à offrir à cette diversité qui inexorablement m’écartèle. »

HERBERT LE PORRIER ( LE MEDECIN DE CORDOUE, roman)

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