Ma plume humide tremble entre mes doigts noueux
Ces victimes d’une vieillesse éphémère et précoce
Mon cœur pleure sourdement dans sa fragile écorce
Lorsque, indécis, je spécule sur ce chemin boueux
Mes yeux fourbus s’irritent à ces relents brumeux !
Viscéralement je crains ce livre qui m’écorche
Ce chapitre où je mets le meilleur et l’atroce,
Où tant de choses apparaissent sous des traits ténébreux
Comment oser exhumer ces parchemins fangeux,
Où sans cesse se réitèrent des actes déplorés
Parmi le tumulte de mille passions explorées
Remous fragiles d’accomplissements nébuleux
Aussi assis auprès du feu je scrute les étincelles
Amours d’une existence farouche, irisée et pastel
Relèverais-je le défi et tout perdre peut-être
Dévoilant les arcanes qui ont fait tout mon être ?
Juste quelques mots qui chantent, lamentables
Sur un air désuet dépourvu d’harmonie
Elles expriment cependant un sentiment enfoui
Pour toi, muse parfaite, que j’invite à ma table
Mais si malgré mes efforts, je reste pitoyable
Que chacun de mes essais irrite ton esprit
Et tous mes vocables te laissent inassouvie
Je m’essayerais à faire amende honorable
Car te plaire est mon désir éternel
T’aimer, un engagement immortel
Admirer ta sombre beauté d’ange
Dont l’exubérance est amour en vendange
Je n’en désire ne serait-ce qu’un zeste
Heureux je serais, même privé du reste
Plus jeune, j’avais des rêves, des ambitions
Je me voyais aller à la conquête du monde
Arrogant tel un chevalier de la Table Ronde
Plus jeune, j’y croyais à tort ou à raison
Plus tard, je persistais dans mes passions
Continuais de nourrir mes aspirations
Je savais que ce ne serait pas facile
Mais ne pas y croire restait plus difficile
Plus tard, j’ai enfin compris le monde
Et malgré mon esprit optimiste
Je ne pus finir qu’en homme triste
Trop tard ! Je me laisse emporter par l’onde
Et tous mes rêves à petit feu se meurent
Tant de promesses qui sourdement s’effacent
Lorsque les jours chauds arrivent enfin
J’aime songer aux errances estivales
Aux rues bondées d’êtres en cavales
Profitant du sursis de l’Hiver sans fin
Lorsqu’en ces jours le soleil domine
En mon cœur une lumière s’éveille
Et le chant d’amour qui alors sommeille
Résonne soudain d’une allégresse féline
D’émoi, de joie, je dévisage ces corps
Ces beautés qui se prélassent, indolentes
Je savoure de loin leur volupté latente
Ainsi me laisse emporter à raison ou à tort
Je me dis : c’est l’été et la saison des amours
Le temps pour moi de sortir faire ma cour
Cependant en mon cœur, sais que du givre
Seul ton corps bien aimé me délivre
Si ce soir demoiselle, je pouvais te voir
Contempler ta beauté, regarder tes jolis yeux
Sans toutefois ni à toi ni à eux
Paraître importun ou imbu d’espoir
Si ensemble avec toi, on pouvait se laisser choir
Comme deux fous, heureux sous le ciel
Se fichant de tout, même des jours sans soleil
Ne demandant à la vie que l’envie de croire
Si enfin les épanchements de ton cœur
Voulaient me faire une fleur
Et rendre à mon rire, un sourire
Je ne dirais plus ‘si’, je te le demande
Hélène accepte ces mots comme une offrande
Ce soir, je frappe à ta porte, espère te voir l’ouvrir